La question n’est pas de savoir si la vie a un sens, mais comment pourrais-je donner un sens à ma propre vie  XIVème - Dalaï Lama

Apprivoiser le pardon

Exposer sa vie, la dévoiler dans ce qu’elle est de plus intime, douloureuse, et lumineuse peut sembler impudique. Qu’est-ce qui pousse un être humain à coucher son histoire sur le papier et l’offrir à des regards connus ou inconnus ? Et qui plus est, à  lui redonner une nouvelle vie vingt ans plus tard ?
La mort des miens n’empêchera pas d’autres de mourir au cœur d’une histoire douce ou violente, qui sera la leur et appartiendra à leur propre destinée. Mais j’ose espérer que la quête de sens, les prises de conscience et la transformation intérieure qui en ont résulté, permettront  au lecteur d’entrevoir un horizon qui s’ouvre dans un ciel voilé.

Cette nouvelle parution est née de ma rencontre avec les Editions Tredaniel à travers deux personnes emplies de sensibilité et de respect qui ont sont su faire tomber mes hésitations face à un projet de réédition. Elles ont mis en avant le fait que mon témoignage pouvait apporter une chandelle dans la nuit à des personnes en période de crise. Mais aussi offrir la possibilité de porter un autre regard sur les épreuves individuelles et collectives qui, rétrospectivement, peuvent être vécues comme le coup de massue salutaire pour une ouverture de Conscience.
S’identifier à un parcours de vie qui offre des résonances, c’est aussi saisir que c’est possible de guérir et grandir après l’épreuve. Elles ont soutenu mon souhait d’y ajouter mon regard actuel que je résumerai par ces quelques lignes :

« Nous avons le choix ». Nous pouvons nous détruire par nos drames ou nous pouvons nous construire à travers eux, voire même, comme le dit si bien mon amie Paule Salomon « transformer la blessure en perle ».
Nous sommes tellement plus puissants et créateurs que nous ne pouvons l’imaginer ! Et si la souffrance nous donnait la force de découvrir la véritable essence de notre Etre ? Et si le désespoir créait cette intensité nécessaire à laisser monter la prière de la dernière chance. ? Prière qui nous relie à la Source et nous ramène « chez nous ».

Je  n’ai jamais oublié l’impact que la lecture du livre de Martin Gray « Au nom de tous les miens » a eu sur moi trente ans plus tôt. Lorsque j’ai tourné la première page, j’étais au plus profond de mon désespoir, prête à quitter ce monde. A la dernière page, je n’étais plus la même. Son témoignage de vie a provoqué un déclic en moi. Il a ouvert une porte sur un possible  que je ne connaissais pas encore. S’il avait pu, je pouvais.

A partir de cette lecture, j’ai fait le choix de vivre jour après jour en me laissant porter par le flux de la vie et des émotions, et dire OUI aux expériences qui se présentaient sur mon chemin et qui allaient constituer la voie initiatique de mon réveil intérieur.

Peut-on vraiment pardonner après un drame comme celui-ci ? Peut-on se remettre de la mort de ses enfants ? Question posée maintes fois à laquelle il m’est impossible de répondre par une généralité. Nous sommes tous si différents !
Bien que le titre le laisse supposer, je n’ai jamais cherché à pardonner à qui que ce soit. En tout cas dans le sens habituel réservé à ce verbe. Le pardon ne peut se décider intellectuellement. Mais avons-nous  réellement à pardonner ? A qui pardonner quand on devient conscient de ce qui se joue derrière le théâtre de la vie ?
Le sens du Par-don a surgit comme une évidence quand j’ai pu me retourner sur le passé sans tristesse. C’est là que j’ai su que j’étais allée au bout de mon deuil. Je pouvais penser à mes enfants, et les évoquer, avec tendresse, joie et gratitude sans que le chagrin viennent altérer ce moment de connexion avec eux. Je n’ai rien provoqué pour cela. J’ai juste vécu jour après jour avec vulnérabilité, en accueillant  mon désespoir, sans rien avoir à prouver, avec le privilège de celle qui n’a plus rien à perdre.

J’ai été amenée à abandonner tous mes repères, mes croyances, mes vérités, mes certitudes, mes affirmations, et à accepter de me laisser emporter par le tsunami des émotions qui m’emportait vers l’inconnu.
Je peux en témoigner : « nos émotions ne nous tuent pas. C’est juste une rivière en furie à laquelle il convient de ne pas résister. Porté par le courant, peu à peu il se calme, et nous voilà déposé sur le rivage. Un nouveau rivage. Une nouvelle terre à explorer. Une nouvelle vie. La vie. Par contre si l’on résiste au courant, c’est l’épuisement et la noyade.

La seule question qui m’animait chaque jour était « comment vais-je pouvoir survivre jusqu’à ce soir ?
Comment guérir de cette souffrance  qui me dévorait de l’intérieur ? Comment donner un sens à ma vie épargnée Et c’est de ce cri des profondeurs, de cette prière de survie que la magie de la vie s’est opérée par le biais des synchronicités, terme créé par Carl Gustave Jung.
Toutes les thérapies, voyages, expériences, rencontres importantes, sont venu à moi, par ce hasard qui se révèle vite être une guidance invisible. Etait-ce nécessaire ? Il m’apparait que Oui, car chaque étape, chaque expérience, chaque rencontre m’a amené jusqu’à aujourd’hui. Je n’ai rien cherché, tout est venu indirectement pour soutenir mon choix de vivre. Et les quelques fois où j’ai laissé mon mental prendre les rennes, le résultat n’a pas été ce que j’avais espéré.

J’écris pour témoigner, pas pour donner de réponses. Je n’ai rien d’une super woman, ni d’un guide de guérison. J’ai des forces et des faiblesses comme tout un chacun. Je partage des chemins, des possibles à choisir dans le théâtre de l’existence. Le 8 mai 1985, la femme que j’étais est morte avec ceux que j’aimais. Et de cette mort symbolique est née une nouvelle femme qui ne pouvait plus être ce qu’elle était avant le drame ! Une porte s’est ouverte, un rideau s’est déchiré et je suis passée dans une autre perception des choses et de la vie.

L’image de la chenille qui doit mourir pour devenir un papillon est certainement celle qui me correspond le mieux. Mourir pour naitre à une nouvelle dimension.
Mourir à mes attachements, mourir à mes idéaux, mourir à mes conditionnements, mourir à la sécurité et vivre totalement l’instant présent. JE SAIS aujourd’hui que tout peut s’arrêter demain, dans dix ans, dans une seconde. Je sais que nous sommes tous en train de mourir à notre corps et l’invitation est celle-ci « VIVONS PENDANT QUE NOUS SOMMES VIVANT » ! Laissons  cette vie révéler son propre  chef d’œuvre à travers nous..

Honorons et célébrons là tant qu’elle nous est donnée.

En réalité je n’ai jamais su cognitivement où j’allais, mais je suivais un fil d’Ariane invisible qui m’était inspiré jour après jour quand j’étais prête à écouter non pas avec mes oreilles mais avec tous mes sens. Même ce que j’ai pu nommer « mauvais » choix, a été source de prise de conscience. Tout ceci a aiguisé mes perceptions et j’ai accueilli la guidance par inspiration. Celle qui vient directement de la conscience sans le filtre du mental. Quelle grâce que d’entrer en conversation avec l’invisible, là où tout est possible. !
Mais un témoignage ne saurait être une ligne directrice à suivre.

J’invite le  lecteur à aller au-delà du fait divers et à observer le cheminement de réappropriation des projections d’un mental conditionné, en dépassant les jugements et la dualité. Quitter la notion de bien et de mal pour plonger dans l’interdépendance, voire, comme le nomme le moine Zen THICH NHAT HANH, « l’Inter-Etre. »

Rééditer ce livre vingt ans plus tard est aussi une façon de permettre  à mes  enfants de rester vivants à travers mon cheminement et de les remercier pour la force qu’ils m’ont donnée et les prises de Conscience qui ,en surgissant  ont totalement changé ma réalité.
Même si je sais aujourd’hui qu’ils n’ont pas perdu la vie mais qu’ils ont laissé leur costume pour s’envoler plus haut. Ils m’ont amené à découvrir  le véritable sens de cette vie. C’est qu’elle n’en a pas. La vie n’a pas de but en soi. La vie est. A nous de la traverser avec le plus de Conscience possible afin d’y déposer des pétales de joie avant le grand départ.

La vie est enthousiasme, partage, respect, émerveillement, appréciation, extase, lorsqu’elle est reliée à la Source et à la nature qui en est une de ses plus merveilleuses expressions. La vie EST et vibre en nous quand le mental disparait pour laisser place au moment présent.
Ce drame m’a conduit inexorablement vers plus de Conscience, et de Vivance.
Plusieurs fois  Jacques Salomé m’a écrit en commençant par  « Meena vivante ».

Qu’ajouter à cela. Oui je suis vivante comme vous tous, tant que l’énergie aura sa place pour circuler en moi et que je la suivrai.  Et un jour je déposerai mon habit de scène et je m’envolerai et je rejoindrai ceux qui sont parti avant nous.

Never Born, Never Died - Osho

Alors si nous faisions de cette escapade terrestre un hymne à la vie, à la terre, à la joie. ?
Et si le seul sens de ce voyage ici bas était de laisser irradier notre lumière intérieure afin qu’elle se révèle  dans toutes les formes possibles de l’incarnation ?  Et si nos épreuves étaient des possibilités de croissance infinie ?
Et si le seul but de cette traversée était de semer des graines de nouveaux possibles et d’atteindre la réalisation de l’Etre ?

Merci infiniment à tous ceux qui ont traversé ma vie. Merci à ceux qui m’ont soutenue, merci à ceux qui ne m’ont pas soutenu. Rétrospectivement je réalise combien chacun, chacune, chaque expérience et rencontre, m’ont permis d’explorer les milliers de facette de l’Etre.
Et un immense Merci à mon compagnon de 20 ans et notre fille du même âge qui sont les témoins de la Vie retrouvée et manifestée.

Et si nous choisissions  chacun, chacune, d’être des lanternes les uns pour les autres ?

Avec Gratitude     Meena 25 décembre 2015
                
                                         

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