Article du Point.Fr du 18-02-2010
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Le Point : Allons-nous mourir de faim ?

Sylvie Brunel : La planète pourrait aisément porter le double de la population actuelle... à condition de rémunérer correctement les paysans. Partout où la production agricole marque le pas, c'est parce que l'agriculture est négligée et les paysans découragés de produire. Mais des réserves de production considérables existent autant en termes d'accroissement des rendements que d'extension des superficies cultivées : l'Afrique, l'Amérique latine, la Russie sont loin d'avoir dit leur dernier mot !

Le Point : Si nous surproduisons autant, pourquoi y a-t-il 900 millions de personnes qui meurent de faim ?

Sylvie Brunel : Pour des raisons qui n'ont rien à voir avec les disponibilités existantes. La faim est liée à un problème non pas de production mais de répartition. Ceux qui souffrent de malnutrition, dans les bidonvilles ou les campagnes, sont trop pauvres pour acheter de la nourriture. Ainsi, même quand la production alimentaire d'un pays est excédentaire, certains groupes humains n'ont pas accès à une alimentation correcte. Le Brésil et l'Inde en sont de bons exemples.

Le Point : Si les affamés faisaient moins d'enfants, auraient-ils plus à manger ?

Sylvie Brunel : Ce n'est pas forcément dans les pays les plus peuplés que les gens ont le plus faim. Au contraire, les fortes densités de population sont un facteur de progrès et de sécurité alimentaire, car elles stimulent la recherche et l'adoption d'innovations agricoles. On souffre de la faim dans des "edens verts" géants et peu peuplés... mais troublés politiquement, comme en Afrique Centrale. A l'inverse, des pays soumis à de fortes tensions climatiques, tels ceux du Sahel, ne connaissent plus de famines parce qu'ils ont appris depuis des décennies à gérer le risque alimentaire. Il faut examiner plusieurs facteurs : l'agriculture est-elle encouragée ou non par les pouvoirs publics, les agriculteurs disposent-ils d'une rémunération suffisante pour leur travail et de débouchés, l'économie est-elle diversifiée (et dégage-t-elle donc des surplus) ou déprimée ? Ce n'est pas le nombre des hommes qui compte mais la façon dont ils utilisent le milieu dans lequel ils vivent. Le rôle des techniques agricoles est essentiel. L'Asie, avec la riziculture, nourrit de fortes densités de population dans les espaces limités des grandes plaines rizicoles et des deltas, mais elle a du adopter dans les années 60 la révolution verte pour résoudre le défi du nombre.

Le Point : Doubler la production agricole pour nourrir l'humanité en 2050 implique-t-il plus d'engrais, d'irrigation, de mécanisation ?

Sylvie Brunel : Les agriculteurs doivent désormais mettre en oeuvre une agriculture écologiquement productive, c'est-à-dire des systèmes agricoles qui permettent de produire beaucoup par unité de surface sans compromettre l'environnement. C'est la condition d'une agriculture durable.

Le Point : Une agriculture raisonnée, voire biologique, peut-elle nourrir 9 milliards d'humains ?

Sylvie Brunel : Si tous les pays riches passaient au bio, la production alimentaire mondiale chuterait. Ainsi, en France, nous serions loin de dégager les excédents qui nous permettent aujourd'hui d'être un des premiers pays agro-exportateurs du monde. Le bio, c'est au minimum 30% plus cher ! De plus, le bilan carbone du bio aujourd'hui est désastreux : passage répété du tracteur pour enlever les mauvaises herbes et importation massive de nourriture pour satisfaire aux exigences du Grenelle de l'Environnement... comme aux attentes des consommateurs, persuadés qu'ils vont avoir accès à une nourriture plus goûteuse que les cultures conventionnelles.

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